SENAFET 2026 : quand l’inclusion s’arrête au prix du pagne
Chaque année au Tchad, la première semaine de mars est dédiée à la célébration de la femme à travers la Semaine Nationale de la Femme (SENAFET). Pour l’édition 2026, le prix officiel du pagne a été fixé à 11 000 F CFA sur toute l’étendue du territoire.
L’annonce, faite ce samedi 21 février 2026 par la ministre d’État en charge de la Femme et de la Petite Enfance, Kitoko Ngata Ngoulou, n’a pas tardé à faire réagir.
Car derrière le symbole, la réalité économique s’impose.
Dans un contexte marqué par la cherté persistante des denrées de première nécessité, des loyers et du transport, 11 000 F CFA représentent une somme conséquente pour de nombreuses femmes.
Pour les femmes rurales, les vendeuses de petits étals, les transformatrices artisanales ou les ménagères vivant de revenus irréguliers, ce montant équivaut parfois à plusieurs jours, voire semaines, de dépenses essentielles.
Dès lors, une question s’impose : peut-on parler d’inclusion lorsque le principal symbole de la célébration devient financièrement inaccessible à une frange importante des femmes ? Le thème retenu cette année — « Chaque femme compte : Inclusion pour un développement durable et un avenir meilleur » — sonne comme une promesse forte. Mais une promesse qui risque de se heurter à la réalité du pouvoir d’achat.
Le paradoxe est évident. Comment promouvoir l’égalité et la participation de toutes quand l’outil visible de cette célébration crée, de fait, une distinction entre celles qui peuvent se procurer le pagne officiel et celles qui en sont exclues pour des raisons économiques ? L’inclusion ne peut être seulement un slogan ; elle doit se traduire par des décisions sensibles aux conditions de vie réelles.
Si l’objectif est que chaque femme compte, alors l’accessibilité doit être prioritaire. Une révision du prix à la baisse, un mécanisme de subvention ciblée ou une distribution solidaire dans les zones rurales et les quartiers populaires auraient donné un signal fort. À défaut, le risque est grand que la SENAFET 2026 devienne, malgré elle, une célébration à deux vitesses.
La Journée du 8 mars se veut universelle. Pour que son esprit soit respecté, le débat sur le prix du pagne ne doit pas être perçu comme une polémique, mais comme une interpellation légitime. Car célébrer les femmes, c’est aussi entendre leurs réalités