La zone de libre-échange continentale africaine, l’espace d’intégration économique qui a l’ambition de réunir tous les pays africains est approprié progressivement par les Etats signataires. C’est un projet de zone de libre-échange en cours de création sur l’ensemble du continent africain. L’accord prévoit une suppression des droits de douane pour 90 % des lignes tarifaires sur 5 ans pour les pays les plus développés et sur 10 ans pour les pays les moins développés. Les droits de douane devront être supprimés à une échéance ultérieure pour 7 % des lignes tarifaires. Comment le Tchad se prepare pour capter la valeur ajoutée de cette innovation organisationnelle sur le continent?
Une zone de libre échange est le premier niveau du processus d’intégration régionale qui consiste à supprimer les droits de douane entre les Etats membres. Ces derniers gardent la latitude sur leur politique douanière et commerciale à l’égard des Etats non memebres de la zone. Elle est le contraire de l’Union douanière qui en plus de supprimer les tarifs douaniers entre les membres, définit une politique douanière commune des membres à l’égard des non membres. Lancées le 15 juin 2015 à Johannesburg, les négociations en vue de la mise en place de la ZLECAf ont abouti à la signature de l’accordL Lancées le 15 juin 2015 à Johannesburg, les négociations en vue de la mise en place de la ZLECAf ont abouti à la signature le 21 Mars 2018 à Kigali, puis à son entrée en vigueur le 30 mai 2019 après le dépôt du 22ème instrument de ratification par la Gambie. La Zone de Libre Echange Commerciale Africaine (ZLECAf) est un projet de l’Union Africaine qui vise à mettre en place un marché continental dans le but de stimuler le commerce intra-africain. Conformement à l’accord, le Tchad devra bénéficier d’une suppression des barrières douanières sur les 10 à partir de 2019. Cependant, le Tchad a encore du chemin à faire pour mieux tirer pleinement partie de cette opportunité comerciale et industrielle au niveau continental.
Le Tchad accuse un déficit considérable en matière de commerce intra-régional. Pays pétrolier sans diversification économique, le pays de Toumai se tourne traditionnellement vers des pays hors d’Afrique, consommateurs d’hydrocarbures. Il s’agit par ordre de décroissante de l’Allemagne,de la Chine, des Émirats arabes unis, du Taipei chinois et de la France pour les exportations. Pour les importations, la Chine et les Émirats arabes unis occupent les premières positions, suivis de la France, des États-Unis et de la Belgique. Aucun pays émergent en Afrique.
Le Tchad ne possède pas un tissu industriel à la hauteur des enjeux liés à la ZLECAF. Il n’a pas de produits manufacturiers à proposer. Les matières du Tchad, à part le bétail et la gomme arabique sont aussi présentes dans les autres pays africains. Difficile pour le Tchad d’être compétitif avec la base de production nationale actuelle. Les autres pays comme la Côte d’Ivoire et le Rwanda sont entrain de passer de l’industrie légère à l’industrie lourde et se positionnent mieux pour les opportunités qu’offre la ZLECAF.
L’ouverture du Tchad aux biens et services des autres pays africains va mettre une pression énorme sur les entreprises locales qui n’ont pas une expertise avérée. Il est prévu un mécanisme de réduction des effets négatifs de la concurrence à l’égard des entreprises nationales. C’est la création du Fonds d’ajustement de la ZLECAf. Il doit compenser les pertes de revenus que certains États parties pourraient subir dans le cadre du processus de libéralisation tarifaire pour la mise en œuvre complète de l’accord de libre échange continentale. Le Tchad a du chemin à faire concernant sa compétitivité sur son propre marché national.
Autant de freins pèsent sur la capacité du Tchad à bénéficier pleinement des avantages offerts par le traitement préférentiel sur le continent africain. « La Zlecaf est la plus grande zone de libre-échange au monde dotée d’un marché de 1.2 milliard de consommateurs pour un PIB d’environ 2 500 milliards de dollars US », a indiqué à l’Agence Anadolu l’économiste Malick Diallo, chef de la Direction du commerce extérieur (DCE) au Sénégal. Mais, « Les pays africains doivent relever de multiples défis en recourant à un large éventail de politiques complémentaires aptes à renforcer le lien entre commerce et industrialisation. Il faut également disposer d’un secteur privé national à la fois fort, dynamique et compétitif ; d’une bonne politique de facilitation des affaires et des échanges ; d’un environnement des affaires attractif et capable de propulser les activités économiques ; d’infrastructures adaptées et modernes sans oublier des politiques efficaces et inclusives en faveur de l’entreprenariat », a-t-il précisé. Le Tchad doit tirer les conséquences de cette analyse.
La rédaction