Au Tchad, après 100 jours de détention, Max Kemkoye interpelle dans une lettre, le Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno sur la gouvernance et le risque de « chaos »
À l’occasion de ses 100 jours de détention, Max Kemkoye adresse un long message au président de la République, Mahamat Idriss Déby Itno, dans lequel il appelle le chef de l’État à prendre des mesures fortes pour prévenir ce qu’il présente comme une dégradation progressive de la gouvernance et du fonctionnement des institutions.
Dans ce message à tonalité politique et institutionnelle, Max Kemkoye affirme être détenu avec plusieurs responsables politiques depuis le 25 avril 2026, à la suite d’accusations qu’il conteste fermement. Il soutient que leur arrestation et leur condamnation ne reposeraient sur aucun fait matériel et dénonce ce qu’il qualifie de « procès politique ». Il évoque également la situation d’autres responsables politiques détenus dans différentes prisons du pays.
Revenant sur sa propre situation judiciaire, il précise avoir été condamné le 8 mai à huit ans d’emprisonnement pour « mouvement insurrectionnel » et « association de malfaiteurs », avant d’interjeter appel le 14 mai. Il considère, de ce fait, que son statut relève désormais de celui d’un appelant et estime que cette procédure doit être examinée au regard des garanties prévues par la loi.
Un appel à prévenir une crise institutionnelle
Au-delà de sa situation personnelle, Max Kemkoye place son intervention sur le terrain de la gouvernance. S’appuyant sur une citation attribuée à l’ancien président Idriss Déby Itno — « après moi, ça sera le chaos » — il exhorte son successeur à faire en sorte que cette prédiction ne se réalise pas.
Il estime que la responsabilité de préserver la stabilité du pays incombe désormais au président Mahamat Idriss Déby Itno, qu’il invite à renforcer l’autorité de l’État, la confiance dans les institutions et le respect des règles républicaines.
Pour l’opposant, la consolidation de l’État passe notamment par une administration publique « éthique et professionnelle », la promotion de la compétence et de l’intégrité dans la gestion publique, ainsi que par une meilleure prise en compte des aspirations des citoyens.
Une proposition de refondation de la gouvernance
Max Kemkoye préconise également l’organisation d’« assises sectorielles et nationales républicaines » consacrées notamment à la réconciliation, au pardon et au renforcement du vivre-ensemble.
Il propose, plus largement, la tenue d’une conférence nationale administrative, institutionnelle et budgétaire destinée, selon lui, à revoir les fondements du fonctionnement de l’État et à améliorer son efficacité.
Il appelle également à la mise en place d’un colloque national pluridisciplinaire des compétences, réunissant les expertises nationales et celles de la diaspora, afin d’identifier des réponses aux difficultés économiques, sociales, institutionnelles et financières du pays.
« La confiance et le consentement » comme fondements de l’autorité
Dans son analyse, Max Kemkoye insiste particulièrement sur la légitimité de l’État. Selon lui, l’autorité ne peut durablement reposer sur la seule force, mais doit être fondée sur la confiance des citoyens et leur consentement à l’ordre institutionnel.
Il invite ainsi le président de la République à privilégier l’écoute, la compétence et la qualité de l’entourage dans la prise de décision, tout en orientant l’action publique vers des résultats concrets, notamment dans l’accès aux services sociaux de base, la gestion économique et financière et l’amélioration des conditions de vie.
En conclusion, Max Kemkoye demande à Mahamat Idriss Déby Itno de se positionner comme « le Président de tous les Tchadiens », au-delà des clivages politiques, et de mobiliser les ressources humaines et naturelles du pays dans un cadre de gestion publique qu’il souhaite plus efficace, transparent et responsable.
« Seule la Patrie est notre mère et la République notre espoir », conclut-il.