Le Tchad est désormais à la porte de sortie de la transition politique, entamée suite à la mort de l’ancien Président Idriss Deby Itno. La mise en place des nouvelles institutions constitutionnelles est marquée par une forte progression de la présence des femmes à l’Assemblée Nationale, la Chambre Basse du Parlement. Cette dynamique nationale, saluée unanimement par les autorités publiques et les partenaires internationaux, a trouvé ses leviers dans la volonté de tous les acteurs.
La Ministre de la femme et de la petite enfance, Amina Priscille Longoh
C’est le Président du Conseil Constitutionnel, Me Jean-Bernard Padaré, qui a donné les statistiques, lors de la publication définitive des résultats des élections législatives, tenues le 29 décembre 2024 : 64 femmes élues députées sur les 188 sièges, soit un taux de 34%. Pour la première fois, un scrutin a atteint voire dépasser le quota de 30% de femmes dans les fonctions électives et nominatives, une mesure temporaire spécifique prise par le gouvernement au vu de ses engagements internationaux.
Un score significatif par rapport à la 3ème législature qui comptait 29 femmes sur 188 membres. la deuxième avait au compteur 9 femmes sur 155 membres. La première législature avait 2 femmes sur 125 membres.
Nouvelles ambitions politiques
La transition au Tchad a nourri les espoirs de rupture générationnelle dans le paysage politique dominé par les adultes. En parallèle, les femmes se sont aussi mobilisées pour se faire entendre. Dans la quête de la parité, elles ont réussi à intégrer en nombre non négligeable, le Conseil National de Transition (CNT), une sorte d’Assemblée Nationale Transitoire pendant la transition politique de 3 ans. Sur les 200 membres, les femmes étaient 53, une première au Tchad. Restées longtemps en marge de la gestion publique, à cause des appréhensions négatives diverses, la plupart des Conseillères Nationales ont trouvé dans l’hémicycle, la voie de la socialisation politique. La plupart d’entre elles a décidé de prolonger cette expérience politique circonstancielle par la normalité constitutionnelle. C’est le cas des députées AMSADEN HANGATA, Vice-Présidente groupe parlementaire MPS, Amina Tidiane Yaya, Premier Rapporteur de séance et KOUMATEI GENEVIEVE, Questeur 2ème Adjoint. Cette dernière était Conseillère Nationale pour le compte du parti RNDT le Réveil représentait la diaspora tchadienne. Seules les Conseillères Nationales du parti Les Transformateurs de Succès Masra ont vu leur ambition s’arrêter aux portes des législatives pour boycott. Leur participation aurait amélioré davantage la représentativité des femmes.
Intérêts des partis politiques
Les données parlent d’elles-mêmes. Les femmes au Tchad représentent plus de la moitié de la population. Malgré ordonnance n°12/PR/2018 d’accélération de la parité, les partis politiques ont longtemps ignoré l’importance stratégique de recruter et d’investir les femmes comme candidates aux élections présidentielle, législatives et municipales. Ils n’avaient pas confiance aux femmes pour le triomphe de leurs idéaux sur le terrain, à cause des pesanteurs socio-culturels. Dans le même temps, les femmes trouvaient une alternative par l’émergence progressive des partis politiques fondés ou dirigés par des femmes. Ces élections législatives ont montré une mue profonde dans les états major de quelques 200 Partis politiques créés par les hommes que compte le pays. Inclure systématiquement les femmes sur les listes de scrutin sont une garantie pour gagner beaucoup de suffrage. A la lumière de cette donne, des figures politiques masculines et non des moindres, ont été délaissées pour promouvoir les femmes. L’opinion était prise de cours lorsque le Mouvement Patriotique du Salut (MPS), le parti au pouvoir avait mis tête de liste l’actuelle députée Madame Mbaigoto Eugénie, tête de liste du 7ème arrondissement de la ville de N’Djamena, à la place de l’influent entrepreneur et mécène, Ibrahim Foullah, bien connu de la population de la circonscription.
Système électoral favorable
La volonté des femmes de changer les choses et la décision des partis politiques de se réorienter selon la direction du vent pas d’effet escompté sans un système électoral équitable. Plusieurs pays, ayant pris des mesures constitutionnelles, législatives ou règlementaires de parité n’ont pas fait long feu à cause du système électoral majoritaire. Dans cette condition, le candidat qui a le plus de voix, même relative remporte tous les sièges sans tenir compte des autres candidats. Le Tchad combine le système majoritaire absolue et proportionnel. Le scrutin proportionnel permet aux femme, peut habituées à remporter des suffrages absolus au Tchad, d’obtenir quelques sièges en atteignent juste un quotient électoral fixé au préalable par la loi électorale n° 005/CNT/2024 du 22 février 2024. Ce qui était conçu à cause du caractère multiethnique de l’électorat tchadien a favorablement tourné en faveur des femmes.
Les yeux sont rivés plus que jamais sur les sénatoriales, pour voir si cette tendance va se poursuivre dans la chambre haute du parlement tchadien.
La rédaction