Mayo-Kebbi Ouest : le Receveur provincial démissionne en dénonçant de graves dysfonctionnements au sein du Conseil provincial

Le Receveur provincial du Conseil provincial du Mayo-Kebbi Ouest, Gabsoubo Habib, a officiellement présenté sa démission dans une correspondance adressée, le 7 juillet 2026, au président du Conseil provincial, Keumaye Ingnongba. Dans cette lettre, il justifie son départ par une accumulation de dysfonctionnements administratifs, financiers et organisationnels qui, selon lui, compromettent l’exercice normal de ses attributions et portent atteinte à sa dignité professionnelle.

Dans son courrier, le désormais ex-Receveur provincial affirme avoir constaté, depuis sa prise de fonctions, une gestion des ressources publiques qu’il qualifie de peu transparente, marquée par des décisions unilatérales sur des questions administratives et financières. Il soutient avoir été systématiquement écarté des décisions engageant les finances de l’institution, alors même que celles-ci relèvent directement de son champ de compétences.

Gabsoubo Habib dénonce également un retrait progressif de ses prérogatives, affirmant que plusieurs responsabilités légalement dévolues au Receveur provincial auraient été transférées au Directeur des affaires administratives, financières et du matériel (DAAFM), réduisant considérablement sa capacité à exercer les missions qui lui étaient confiées.

L’ancien responsable évoque par ailleurs une disparité de traitement entre les Receveurs provinciaux. Il indique que les indemnités qui lui sont allouées demeurent inférieures à celles perçues par ses homologues des autres provinces, sans qu’aucune justification ne lui ait été communiquée, une situation qu’il estime révélatrice d’une marginalisation.

Sa lettre dresse également un tableau préoccupant des conditions matérielles de fonctionnement du Conseil provincial. Il affirme qu’aucun bureau n’a été mis à la disposition du service de la Recette depuis deux années, que les secrétaires de séance sont contraints d’utiliser des cartons d’emballage d’ordinateurs comme supports d’écriture lors des réunions et que les fournitures administratives essentielles font défaut.

Le démissionnaire indique également avoir effectué, durant deux ans, jusqu’à six déplacements mensuels entre Pala et N’Djamena pour le suivi des dossiers administratifs et financiers, à ses propres frais et sans ordre de mission. À l’inverse, il affirme que le président du Conseil provincial effectue régulièrement des missions dans la capitale avec des ordres de mission régulièrement établis et pris en charge.

Sur le plan budgétaire, Gabsoubo Habib affirme qu’après examen des documents financiers en sa possession, aucune ligne budgétaire ne prévoirait l’acquisition d’un véhicule de type Toyota V8 d’un montant de 80 millions de francs CFA. Il s’interroge sur l’opportunité d’une telle dépense, qu’il juge difficilement compatible avec les nombreuses insuffisances matérielles auxquelles fait face l’institution.

Selon lui, ces carences contrastent avec les ressources mobilisées par le Conseil provincial et traduisent un déficit d’attention accordé aux services financiers ainsi qu’aux agents chargés de leur fonctionnement.

Estimant que ses responsabilités ont été progressivement vidées de leur substance, que son rôle a été affaibli et que ses droits n’ont pas été pleinement respectés, Gabsoubo Habib affirme avoir choisi de se retirer afin de préserver sa dignité professionnelle plutôt que de continuer à assumer une fonction privée de ses prérogatives essentielles.

Dans les derniers développements de sa correspondance, il met directement en cause la gouvernance du président du Conseil provincial, Keumaye Ingnongba, estimant que celui-ci ne dispose pas, selon lui, des compétences requises pour assurer une gestion efficace de la province. Il soutient que le Mayo-Kebbi Ouest nécessite une gouvernance davantage orientée vers les priorités de développement, notamment l’amélioration des infrastructures routières, de l’accès à l’eau potable et de l’électricité.

En conclusion, le Receveur provincial démissionnaire remercie le Conseil provincial pour l’opportunité qui lui a été offerte de servir l’institution, tout en réaffirmant que le respect des textes, des institutions et des agents constitue, selon lui, un fondement essentiel de la bonne gouvernance et de la performance administrative.

À ce stade, le Conseil provincial du Mayo-Kebbi Ouest ne s’est pas encore exprimé sur les griefs formulés dans cette lettre de démission

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