Le Ministre d’État, Ministre de l’Éducation nationale et de la Promotion civique, a signé, le 20 avril 2026, une circulaire rendant obligatoire l’enseignement de l’arabe dans tous les établissements scolaires, avec un volume horaire équivalent à celui du français.
Sur le principe, promouvoir le bilinguisme est une ambition légitime et même nécessaire dans un pays riche de sa diversité linguistique. Mais entre l’intention politique et sa traduction concrète sur le terrain, l’écart reste considérable.
Car un bilinguisme ne se décrète pas par circulaire. Il se construit dans la durée, avec des enseignants formés, des programmes adaptés et des moyens suffisants. En l’état, cette mesure, aussi louable soit-elle, risque d’être perçue comme une injonction descendante, voire une contrainte supplémentaire pour des élèves et des familles déjà confrontés à de multiples difficultés.
Le terrain impose pourtant une réalité qu’on ne peut ignorer. Dans de nombreuses localités, notamment rurales, l’enseignement de l’arabe demeure quasi inexistant. Des générations entières d’élèves ont évolué sans jamais bénéficier d’un encadrement en langue arabe. Il ne s’agit donc pas d’un refus d’apprendre, mais bien d’un déficit structurel d’offre éducative.
Dès lors, une question essentielle s’impose : le pays dispose-t-il aujourd’hui d’un nombre suffisant d’enseignants arabophones qualifiés pour couvrir l’ensemble du territoire, y compris les zones les plus reculées où les quelques rares enseignants affectés n’y partent pas? À défaut d’une réponse claire, le risque est réel de creuser davantage les inégalités entre établissements urbains et ruraux.
Plus qu’une question d’orientation, c’est donc une question de méthode. Une réforme de cette ampleur exige une mise en œuvre progressive pilote (commencer par le cours préparatoire), un plan massif de formation et de recrutement, ainsi qu’une communication transparente pour garantir l’adhésion des acteurs du système éducatif.
Faire de l’arabe un levier d’unité, d’intégration et d’ouverture est un objectif noble. Mais sans préparation adéquate, cette ambition pourrait produire l’effet inverse et fragiliser davantage un système éducatif déjà sous tension.
L’école tchadienne n’a pas seulement besoin de réformes ambitieuses. Elle a surtout besoin de réformes lucides, inclusives et rigoureusement préparées.
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