Du campus de Toukra en passant par ceux d’Harlem et de Farcha, un nombre conséquent d’étudiantes de l’Université de N’Djaména jongle chaque jour entre les cours et la maternité.
Sac en main et bébé sur le dos, elles enchaînent les travaux dirigés, les révisions et les soins aux enfants, sans aucun dispositif d’appui sur le campus.
L’absence de crèche ou de salle d’allaitement complique leur parcours. Quand l’enfant tombe malade, elles n’ont souvent d’autre choix que de s’absenter, au risque de rater des TD et de voir leurs résultats chuter. Pour d’autres, la garde du nourrisson repose sur la solidarité familiale ou sur des proches, avec toutes les incertitudes que cela implique.
La plupart de ces étudiantes viennent de familles modestes en plus de cumuler loyer, lait infantile, frais d’inscription. Ces charges s’accumulent et rendent leur quotidien précaire. À cette pression financière s’ajoute une stigmatisation latente de certains camarades et sentiment de ne pas être à leur place sur les bancs de la fac pèsent sur leur moral.
Face à l’inaction institutionnelle, elles s’organisent en créant des groupes WhatsApp pour échanger des cours, gardes d’enfants à tour de rôle, petits commerces sur le campus pour arrondir les fins de mois. Pour cette catégorie d’étudiantes, la solidarité devient une stratégie de survie afin de jongler entre études et maternité.
Pour beaucoup de ces étudiantes-mères, le phénomène semble passer inaperçu au du niveau du Rectorat. Face à cette situation d’une extrême urgence, ces dernières tirent la sonnette d’alarme en soulignant que sans mesures d’accompagnement, elles courent le risque d’être exclues pour redoublement répétitif et d’abandonner pour s’occuper de leurs enfants.
« Éduquer une mère, c’est éduquer deux (02) générations », rappelle une étudiante-mère sous couvert d’anonymat.
Ces étudiantes suggèrent la création des crèches universitaires dans les différents campus ainsi que des aménagements d’horaires pour les examens pour bénéficier d’un enseignement adapté à leur situation de maternité, car elles ne demandent pas la compassion. Elles demandent aussi des actions concrètes pour pouvoir étudier et décrocher leur diplôme dans la dignité.
Pansi Crépin Karbo/Dari Infos