Aujourd’hui, l’aide et les services rendus semblent de plus en plus conditionnés par l’intérêt personnel.
Ce qui relevait autrefois du devoir moral et du simple bon sens se transforme progressivement en une forme de transaction implicite : qu’y a-t-il à gagner en retour ? Lorsque la réponse est « rien », la solidarité s’efface, même face à des situations de détresse évidentes.
Dans de nombreuses situations de la vie quotidienne — maladie, chômage, deuil, difficultés sociales — l’individu en souffrance se retrouve souvent seul. Non pas parce que l’aide est impossible, mais parce qu’elle n’est pas rentable. La solidarité gratuite, celle qui ne s’attend pas à une récompense matérielle ou à un avantage futur, tend à disparaître, étouffée par une logique utilitariste où chaque geste doit produire un gain.
Ce glissement progressif traduit une crise plus profonde : celle des valeurs humaines. Le bon sens, la compassion, l’empathie et la fraternité, piliers essentiels du vivre-ensemble, cèdent du terrain face au matérialisme et à l’individualisme. L’être humain est de plus en plus jugé à l’aune de ce qu’il possède plutôt que de ce qu’il est. La main tendue devient calculatrice, le cœur se ferme lorsque le portefeuille de l’autre est vide.
Cette réalité interroge notre société sur la direction qu’elle emprunte. Peut-on encore parler de communauté lorsque l’entraide est soumise à condition ? Quel avenir pour une société où la valeur humaine se mesure en biens matériels et en opportunités à exploiter ? À force de privilégier l’avoir sur l’être, le risque est grand de voir se déliter les liens sociaux et s’installer une indifférence généralisée.
Pourtant, l’histoire et les traditions de nombreuses communautés rappellent que la solidarité a longtemps été un socle fondamental. Aider sans attendre, soutenir sans calculer, partager même dans le manque : ces principes ont permis aux sociétés de traverser les épreuves les plus difficiles. Les oublier, c’est fragiliser notre humanité commune.
SADOU KOUMAYE/ Dari Infos