Militantisme politique au Tchad : entre engagement par conviction et course-pèlerinage aux débouchés
Le militantisme politique au Tchad se situe à la croisée de deux logiques souvent entremêlées : l’engagement idéologique sincère et la quête d’opportunités socio-économiques. Cette ambivalence s’explique par l’histoire politique du pays, son contexte socio-économique et le fonctionnement de ses institutions
.La politique, définie comme l’art de gérer la cité, réunit des personnes partageant une vision commune de la gouvernance.
Avec l’avènement de la démocratie au Tchad dans les années 1990, le pays a vu naître une multitude de partis politiques, ouvrant ainsi la voie au multipartisme. Chaque citoyen tchadien avait désormais la liberté d’adhérer au parti politique de son choix.
Durant les premières années de cette démocratie naissante, l’engagement politique était, dans la majorité des cas, motivé par une conviction profonde. Les militants s’identifiaient aux idéaux de leur parti et rêvaient de contribuer à un changement réel. Il était rare de voir un militant changer de camp pour un simple désaccord. La fidélité, la loyauté et l’intégrité étaient les piliers de l’action politique.
Cependant, depuis une dizaine d’années, le paysage politique a connu une profonde mutation. L’explosion démographique, combinée à l’accès difficile à l’emploi, a poussé de nombreux jeunes, notamment les diplômés sans emploi, à se tourner vers les partis politiques. Mais cette nouvelle forme de militantisme soulève des interrogations : s’agit-il toujours d’un engagement par conviction ?
Pour bon nombre de jeunes, la politique est désormais perçue comme un tremplin vers l’insertion sociale. Lorsqu’aucune opportunité ne se présente après quelques mois ou années de militantisme, ils n’hésitent pas à changer de parti, espérant trouver de meilleures perspectives ailleurs. Ce phénomène s’est amplifié avec les pratiques de certains leaders politiques qui recrutent massivement des jeunes en leur promettant un emploi ou un avantage personnel.
Le militantisme par intérêt se manifeste aussi dans les réactions suscitées par des nominations jugées injustes ou fondées sur des critères subjectifs : appartenance ethnique, affinités familiales ou régionales. Ces frustrations alimentent le désengagement et les ralliements opportunistes.
Par ailleurs, il arrive que des militants de longue date quittent leur parti, tout simplement parce qu’un nouveau venu — souvent populaire ou charismatique — est rapidement récompensé. Cela soulève une autre question : doit-on privilégier l’ancienneté au détriment de l’efficacité et de la capacité de mobilisation, essentielles pour un parti politique ?
En définitive, cette dérive vers un militantisme motivé par des intérêts personnels se répercute sur la gouvernance elle-même. L’esprit de patriotisme, le sens du bien commun et la conscience nationale semblent s’effacer devant une quête effrénée d’avantages individuels. Tant que l’engagement politique ne sera pas basé sur des convictions solides, le développement du pays restera hypothéqué par des ambitions personnelles.
Sadou Koumaye/Dari Infos