La montée inquiétante de l’affinité et ses effets sur le vivre-ensemble

Depuis l’avènement de la démocratie au Tchad, un phénomène social s’est progressivement enraciné dans le fonctionnement de l’administration et de plusieurs autres secteurs : l’affinité.

Cette pratique, qui consiste à privilégier les membres de sa communauté, de sa famille ou de son groupe linguistique, s’installe de plus en plus comme un mode de gestion informel, parfois au détriment de la compétence, de la transparence et de l’équité.

‎Dans le secteur professionnel comme dans les services publics, dans les recrutements, les nominations ou même lors d’événements sociaux tels que les banquets et les cérémonies, l’affinité s’impose comme un critère déterminant. Pour être recruté ou promu, il ne suffit plus d’avoir les qualifications requises : il faut souvent appartenir à la même communauté que le chef hiérarchique.

Les promotions se font alors par affinité familiale ou communautaire, au point que, dans certains ministères, la langue du responsable devient automatiquement la langue la plus parlée au sein du département.

‎Ce favoritisme n’épargne aucun espace public. Dans les services publics ou privés, il suffit souvent qu’un agent identifie un usager comme membre de sa communauté pour que celui-ci soit servi avant les autres. Des pratiques similaires s’observent également dans les ateliers, les formations ou les cérémonies : ceux qui connaissent les personnes en charge de la logistique bénéficient d’un traitement de faveur, notamment lors de la distribution des repas ou des commodités.

‎Même dans les marchés, l’affinité détermine parfois les prix et la qualité du service : parler la langue du vendeur suffit souvent pour être mieux servi que les autres.

Un risque réel pour le vivre-ensemble

‎Si ce phénomène peut sembler anodin ou culturellement toléré par certains, ses conséquences sur la cohésion sociale sont préoccupantes. L’affinité, lorsqu’elle se généralise, crée de la frustration chez ceux qui n’appartiennent pas au groupe favorisé. Elle alimente le sentiment d’injustice, fragilise le vivre-ensemble et accentue les divisions entre communautés.

‎À long terme, cette pratique peut installer une méfiance généralisée, où chacun se replie sur sa communauté au lieu de contribuer à la construction d’une citoyenneté inclusive fondée sur l’égalité des chances.

‎Promouvoir une administration neutre, renforcer les critères méritocratiques et sensibiliser les acteurs publics et privés à l’importance de l’équité représentent aujourd’hui des impératifs pour réduire l’impact négatif de l’affinité sur le tissu social tchadien.

Sadou Koumaye/Dari Infos

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