A lot of cigarettes.

Commémoration de la Journée mondiale sans tabac 2026 : le Tchad sonne la mobilisation générale contre une dépendance qui piège les jeunes

Le Tchad à l’instar d’autres pays du monde commémore ce dimanche 31 mai 2026 la Journée mondiale sans tabac, aux côtés de la communauté internationale, sous le thème évocateur : « Démasquer l’attrait : lutter contre la dépendance à la nicotine et au tabac ». Portée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), cette campagne mondiale met en garde contre les nouvelles stratégies marketing utilisées par l’industrie du tabac et de la nicotine pour attirer les jeunes et favoriser leur entrée précoce dans la dépendance.

À travers cette célébration, les autorités sanitaires tchadiennes, en partenariat avec l’OMS, les organisations de la société civile et les professionnels de santé, veulent renforcer la sensibilisation sur les ravages du tabagisme et rappeler l’urgence d’intensifier les actions de prévention, particulièrement auprès des adolescents.

Le tabagisme demeure aujourd’hui l’une des principales causes évitables de décès dans le monde. Selon les données internationales, il provoque chaque année plus de 7 millions de morts, dont près de 1,6 million de non-fumeurs exposés au tabagisme passif. Plus inquiétant encore, le tabac peut tuer jusqu’à la moitié de ses consommateurs lorsqu’ils ne parviennent pas à arrêter.

La dépendance touche une part importante de la population mondiale avec près de 1,3 milliard de consommateurs de tabac, principalement dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. La jeunesse reste la cible privilégiée de cette industrie. On estime que 40 millions d’adolescents âgés de 13 à 15 ans consomment déjà du tabac, tandis que 15 millions utilisent des cigarettes électroniques, souvent présentées comme modernes, tendance ou moins dangereuses.

Au Tchad, les chiffres interpellent. Une enquête menée en 2019 révèle que 11,5 % des jeunes âgés de 13 à 15 ans consomment du tabac. Plus alarmant encore, 80 % des patients suivis dans le cadre d’un sevrage tabagique déclarent avoir commencé à fumer entre 9 et 11 ans, démontrant une initiation extrêmement précoce.

Pour les acteurs de santé publique, cette réalité appelle une vigilance renforcée.

M. Bedingar Ngarhossourang, coordonnateur du projet à la Croix Bleue Tchadienne, rappelle que :

« Le tabac est l’une des principales causes de décès évitables. Protéger les jeunes contre la dépendance est une priorité nationale. »

Le thème retenu cette année met particulièrement l’accent sur les méthodes utilisées par l’industrie du tabac pour séduire les jeunes consommateurs : arômes attractifs, emballages colorés, design innovant, influence numérique et campagnes promotionnelles ciblées.

Pour Dr Moialbaye Magloire Tampele, chargé de la promotion de la santé et point focal de la lutte antitabac à l’OMS Tchad, il est impératif de déconstruire ces mécanismes :

« Les stratégies de l’industrie du tabac visent directement les jeunes. Nous devons les démasquer pour mieux les contrer. »

Dans le cadre de cette journée, plusieurs activités sont organisées à travers le pays. Elles comprennent des campagnes de sensibilisation à travers les médias audiovisuels et numériques, des ateliers éducatifs en milieu scolaire et universitaire, des débats avec les jeunes, ainsi que des actions de plaidoyer destinées à renforcer l’application stricte de la législation antitabac.

Les autorités comptent également promouvoir les outils de sevrage recommandés par l’OMS afin d’accompagner les consommateurs désireux d’arrêter.

Dr Djimtolnan Yeungar Étienne, psychiatre addictologue, insiste sur l’importance de cette démarche :

« Arrêter aujourd’hui, c’est sauver sa vie et protéger son entourage. »

Le Tchad n’est pas resté inactif face à cette problématique. Le pays a ratifié la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac en 2006, créé le Programme national de lutte contre le tabac, l’alcool et les drogues en 2007, adopté la loi antitabac en 2010, puis renforcé son arsenal juridique avec le décret du 16 juin 2022 interdisant la publicité, la promotion et la vente de tabac aux mineurs.

Malgré ces avancées, le tabagisme chez les jeunes demeure un défi sanitaire majeur.

Pour Dr Nenodji Mbairo, coordonnatrice du Programme national de lutte contre le tabac, de l’alcool et des drogues, la mobilisation doit être collective et durable :

« Le Tchad réaffirme son engagement à renforcer la lutte contre le tabagisme et à promouvoir un environnement sans tabac pour les générations futures. »

En célébrant cette Journée mondiale sans tabac 2026, le message adressé à la population est sans ambiguïté : aucune forme de consommation du tabac ou de nicotine n’est sans danger. Prévenir l’initiation, protéger les jeunes et accompagner les fumeurs vers l’arrêt sont aujourd’hui des impératifs de santé publique.

Plus qu’une simple commémoration, cette journée se veut un appel à la responsabilité collective pour déjouer les stratégies d’une industrie qui transforme l’attrait en addiction et l’addiction en drame sanitaire silencieux.

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