Pendant les vacances scolaires, les rues de N’Djamena et d’autres grandes villes du Tchad voient fleurir une nouvelle catégorie de vendeurs ambulants : les enfants/élèves.
Âgés parfois de plus ou moins de 10 ans, ces jeunes, sacs à dos ou plateaux en main, proposent divers articles — biscuits, mouchoirs, œufs, maïs, cahiers, boissons et autres — dans les marchés, aux abords des carrefours et même dans les débits de boissons.
Si certains s’engagent dans cette activité de manière volontaire, animés par le désir de gagner un peu d’argent ou de découvrir le monde du commerce, d’autres sont poussés par leurs parents, soucieux de les occuper utilement ou de leur inculquer une certaine autonomie économique.
«Je vends pour économiser un peu d’argent afin de préparer la rentrée scolaire. Mes parents n’ont pas assez de moyens, alors je dois les aider », confie Vincent, 16 ans, rencontré au quartier Moursal.
Mais derrière cette apparente bonne volonté se cache une réalité plus inquiétante.
Des risques multiples pour des enfants parfois trop jeunes
Chaque jour, ces jeunes quittent le domicile dès les premières heures du matin et rentrent souvent tard dans la nuit. Le danger est constant : traversée des routes à forte circulation, longues heures d’exposition à la chaleur et à la fraîcheur, fréquentation de lieux inappropriés comme les bars ou débits de boissons.
Plus préoccupant encore, des enfants de moins de 10 ans se retrouvent au cœur de cette activité. Leur présence dans les rues de la capitale, sans encadrement, les expose à toutes sortes de risques : accidents, agressions, mauvaises fréquentations et surtout, une socialisation précoce avec le « monde de la rue ».
«La rue leur inculque une autre forme d’éducation, souvent en déphasage avec les valeurs que prônent l’école et la famille », alerte un sociologue tchadien.
Un contexte socio-économique pesant
La montée de cette tendance s’explique aussi par la précarité des conditions de vie de nombreuses familles. Dans un contexte de chômage élevé et de pouvoir d’achat en berne, chaque membre du foyer, même les plus jeunes, devient un soutien potentiel à la survie familiale.
Dès lors, certains parents encouragent — ou tolèrent — ce commerce saisonnier comme une forme d’apprentissage de la débrouillardise et de la responsabilité.
Une concurrence qui crée des tensions
Cette invasion du marché par les jeunes vacanciers n’est pas sans conséquence sur l’économie informelle locale. Les vendeurs ambulants «professionnels», pour qui cette activité constitue la principale source de revenus, dénoncent une concurrence déloyale.
«Ces enfants vendent parfois à bas prix, …Cela nous fait perdre une partie de notre clientèle », déplore Djim, vendeuse de chaussures au marché d’Abena.
Entre encadrement et régulation : quelle solution ?
Si le développement de l’esprit entrepreneurial chez les jeunes est à encourager, nombreux sont ceux qui estiment qu’il doit se faire dans un cadre structuré, sécurisé et adapté à leur âge.
Il revient donc aux autorités, aux parents, mais aussi aux associations de protection de l’enfance, de mieux encadrer cette tendance. Instaurer des programmes d’initiation à l’entrepreneuriat, organiser des ateliers de vacances ou promouvoir des activités civiques pourraient être des alternatives plus sécurisantes que la rue.
Sadou Koumaye/Dari Infos