Attraction des investisseurs par le Tchad : la crainte de sacrifier les populations au profit des multinationales
Le Tchad se veut un pays de destination pour les investissements directs étrangers. Jamais le pays n’a aussi connu la présence des entreprises ces deux dernières années, dans l’espace rural de la zone soudanienne qui représente seulement 10 % du territoire national mais concentre 43 % de la population nationale.
La plupart des implantations se heurtent à l’opposition des populations locales qui crient à la spoliation des entreprises agro-industrielles. Chaque fois, le gouvernement et ses partenaires finissent par s’imposer d’une manière ou d’une autre.
Les indicateurs, sous réserve de la sécurité semblent séduire plus d’un.
Le programme réussi de la Facilité Elargie de Crédit avec le FMI en 2023, la restructuration de la dette dans le Cadre Commun du G20, la notation souveraine favorable de Standard et Poor’s, le retour à l’ordre constitutionnel et la poursuite des réformes des finances publiques catalysent progressivement les flux d’investissement vers les secteurs stratégiques. Les Zones Economiques Spéciales servent déjà de support aux activités de certaines multinationales.
Le premier choc vient de la volonté de l’entreprise Mante Group, autorisée à s’installer dans la province de la Tandjilé pour la production du riz et de la transformation de la canne à sucre. Plus de 30.000 hectares de terres dans le Canton Baktchoro sont réquisitionnés par les autorités sans mesures idoines en amont. Selon le média le Visionnaire, « ce projet suscite une inquiétude de la part des ressortissants de ce canton, quant à une probable disparition de certains villages et au-delà, une grande partie historique du canton. Une inquiétude balayée d’un revers de main par certains jeunes des autres cantons qui y voient plutôt, des opportunités ». Pourtant, de l’avis des habitants, il y a des espaces non habités qui peuvent être exploités.
Avant cette situation, c’est la plateforme citoyenne constituée du consortium des organisations de la société civile des Logone Occidental et Oriental qui étaient montés au créneau par rapport à la création des zones économiques spéciales dans les deux provinces. « La plateforme citoyenne n’est pas contre ce projet, mais par expérience et dans les constats, cette entreprise a causé du tort à beaucoup de Tchadiens et autres africains dans le secteur de coton, huile de palme et bois. Surtout avec ces expériences, l’expropriation de ces paysans ne sera pas sans conséquences fâcheuses sur le plan socioéconomique. D’ailleurs il n’y a eu aucune étude d’impact réalisé et restitué à qui de droit par cette firme », a indiqué son Porte-Parole.
Au Tchad, la mise en œuvre d’un projet d’envergure doit être soumise en amont à une étude d’impact environnemental et social assortie de mesures conservatoires, compensatoires et restauratoires. C’est une opération qui s’étend sur quelque 6 mois avec obligation de consultation publique.
Dans les années 1970, la nécessité de limiter les dommages à la nature s’est concrétisée par des lois obligeant à réduire les nuisances et pollutions, et à atténuer les impacts des grands projets (ou de projets dépassant un certain coût). Longtemps, elles n’ont été obligatoires pour les grands projets qu’au-dessus de certains seuils financiers (sans rapports avec les effets environnementaux du projet). Dans de nombreux pays, les « Études d’impact environnemental » (EIE) sont peu à peu devenues obligatoires préalablement à la réalisation d’aménagements ou d’ouvrages qui, par l’importance de leurs dimensions ou leurs incidences sur le milieu naturel, pourraient porter atteinte à ce dernier.
La portée des études d’impact a été souvent renforcée par des procédures de concertation ou de débat public (conférence de consensus), tenant compte des objectifs de développement soutenable, de nouvelles démarches et outils d’évaluation et de cartographie (SIG) des enjeux écologiques, environnementaux, patrimoniaux et paysagers et de nouvelles démarches d’évaluation des sensibilités des territoires d’étude.
Selon Article 7 du décret 630 de 210 portant réglementation de l’étude d’impact : « Les études d’impact sont réalisées préalablement à toute autorisation administrative ou déclaration exigée pour le fonctionnement du projet. Ces études sont obligatoirement jointes à la demande d’autorisation ou présentées lors de la déclaration ».
Vouloir créer de la richesse en détruisant les moyens de subsistance des populations riveraines rurales est une démarche perverse et inefficace dans la lutte contre la pauvreté. Le gouvernement doit se ressaisir et conduire les actions dans le respect des actions.
Succès Ngarpolo / Dari Infos