La pluie est-elle un facteur qui paralyse la vie quotidienne?
A N’Djamena, dans la capitale tchadienne, comme dans d’autres grandes villes du pays, lorsque les premières gouttes de pluie tombent, c’est toute la vie urbaine qui semble s’arrêter.
Dans de nombreux quartiers, les averses, pourtant prévisibles en saison, imposent une pause généralisée : rues souvent désertées, boutiques closes, bureaux clairsemés. Une situation qui interroge et reflète des défis profonds, tant structurels que culturels.
À chaque averse, surtout le matin, c’est le même scénario. Les rues sont vides et N’Djamena prend des allures de cité fantôme. « Dès qu’il commence à pleuvoir, je préfère rester à la maison. Il n’y a même pas de motivation pour sortir dans ces conditions. Les rues sont devenues des marécages », témoigne Djoumbal Nadjita, enseignant dans le 7e arrondissement.
Dans certaines quartiers, les routes non bitumées se transforment en véritables bourbiers, rendant très pénible tout déplacement.
L’absence de système de drainage efficace accentue le problème. Les zones inondées deviennent alors des pièges pour les usagers, piétons comme automobilistes.
Mahamat Abakar, jeune diplômé, n’a pas pu honorer un rendez-vous professionnel crucial : « J’avais un entretien important ce matin, mais avec cette pluie, je n’ai pas pu sortir. La route devant chez moi est complètement inondée. Je n’allais pas risquer de me présenter trempé et couvert de boue.».
Du côté des commerçants, la situation n’est guère meilleure. Sur l’avenue Mobutu, pourtant réputée pour son animation, la plupart des boutiques restent fermées bien après la fin de la pluie. Mme Hadje Zara, vendeuse de tissus, justifie ce choix : « Ce n’est pas qu’on ne veut pas travailler, mais les clients ne viennent pas non plus quand il pleut. Alors, on attend que le soleil revienne.».
À moto, les risques doublent. Routes glissantes, nids-de-poule invisibles sous les flaques, et absence d’agents de circulation multiplient les dangers.
La boue, fréquente dans les quartiers périphériques, complique davantage les déplacements, même pour les piétons. Résultat : de nombreuses personnes préfèrent rester chez elles, quitte à rater un jour de travail.
Dans les services publics comme dans certaines entreprises privées, les jours de pluie riment souvent avec absentéisme. « On dirait que la pluie est devenue une excuse sociale. Pourtant, ailleurs, les gens continuent à travailler même sous la neige », déplore un cadre administratif, préférant garder l’anonymat. Ce « laisser-aller », généralisé pèse lourd sur la productivité, déjà affectée par de nombreux autres facteurs.
Au-delà de la paralysie économique, les conséquences sociales sont tangibles. Dans les ménages les plus modestes, la pluie perturbe la recherche quotidienne de revenus. « Quand il pleut, je ne peux pas sortir vendre mes beignets. Ce jour-là, les enfants se contentent de ce qu’il y a », confie une mère de famille habitant le quartier Ambatta.
Les autorités ont bien annoncé à plusieurs reprises des projets d’assainissement et de réhabilitation des voiries. Mais sur le terrain, peu de choses ont changé. En attendant des solutions durables, les pluies continueront de perturber le quotidien d’une population déjà confrontée à de nombreux défis.
Au-delà des infrastructures, c’est aussi un changement de mentalité qui s’impose. La pluie, phénomène naturel et prévisible, ne devrait pas justifier l’arrêt totale d’une capitale.
Il est urgent d’encourager la résilience collective et l’adaptation, afin que N’Djamena puisse fonctionner, même sous les nuages.
Sadou Koumaye /Dari Infos