Dans les grandes villes du Tchad, comme dans celles d’autres pays, un phénomène capillaire s’impose avec force : l’usage massif des perruques et mèches synthétiques.

Dans les rues, les écoles, les bureaux ou lors des cérémonies, il est devenu rare de voir des femmes — jeunes ou âgées — porter fièrement leurs cheveux naturels tressés. La mode semble avoir relégué au second plan les coiffures traditionnelles qui faisaient autrefois la beauté de nos mères et grand-mères.

Mais pourquoi cet engouement pour les « chapeaux » en mèches et perruques ?

Interrogées, plusieurs jeunes filles répondent :« C’est la tendance ! Si je veux rester dans le mouvement, je dois suivre.».

D’autres confient que les coiffures naturelles n’attireraient plus autant les hommes. Une affirmation qui en dit long sur la pression sociale et les diktats de beauté importés.

Pourtant, ces accessoires à la mode ont un coût non négligeable. Le prix d’une perruque ou d’un tissage varie entre plusieurs des dizaines et des centaine de mille de francs CFA. Une somme qui pourrait, dans bien des cas, servir à financer une activité génératrice de revenus ou subvenir à des besoins essentiels de la famille. Paradoxalement, sous ces perruques souvent luxueuses, on découvre parfois des cheveux négligés, rasés, ou laissés en broussaille.

Au-delà de la question financière, c’est une part de notre identité culturelle qui s’efface. Autrefois, les modèles de tresses comme le « Volvo », le « Katangou », et bien d’autres, étaient des œuvres d’art capillaire qui racontaient l’appartenance, l’élégance, la dignité. Des mains expertes les réalisaient, transmettant savoir-faire et patrimoine d’une génération à l’autre.

Rappelons ici une figure symbolique : Kelou Bidal Diguel, dont l’image tressée orne encore les sceaux officiels et administratifs de la République du Tchad. Elle avait été choisie par le premier Président de la République Ngarta Tombalbaye comme représentante de la beauté tchadienne – non pas artificielle, mais authentique et naturelle.

Il ne s’agit pas de diaboliser les choix personnels ni de condamner l’esthétique moderne. Mais peut-on vraiment construire une identité solide en reniant nos racines ? Peut-on prôner la fierté africaine tout en délaissant ce que nous avons de plus naturel : nos cheveux ?

Réapproprions-nous nos tresses, notre culture, notre beauté car, plus qu’un style, c’est un acte de reconnaissance et de dignité.

Sadou Koumaye/Dari Infos

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