Le Tchad a lancé un appel solennel à la communauté internationale pour une action immédiate contre les effets du changement climatique, lors de la 30ᵉ Conférence des Parties (COP30).
Le ministre tchadien de l’Environnement, de la Pêche et du Développement durable, Hassan Bakhit Djamous, représentant le chef de l’État, a livré mardi 18 novembre 2025 à Belém au Brésil, un discours empreint de gravité et d’espoir, mettant en exergue la situation critique du pays, mais aussi son rôle clé dans l’équilibre écologique mondial.
Un pays au cœur de la vulnérabilité climatique
Situé au centre du Sahel, le Tchad fait face à des phénomènes climatiques extrêmes de plus en plus fréquents : désertification accélérée, sécheresses prolongées, inondations destructrices et stress hydrique croissant. Selon les données scientifiques évoquées par le ministre, le pays figure parmi les plus exposés du globe, cumulant vulnérabilité financière et risques climatiques élevés. « Derrière ces statistiques, il y a des vies, des familles, des terres ancestrales », a rappelé Hassan Bakhit Djamous, soulignant la résilience du peuple tchadien malgré les adversités.
Un rôle écologique mondial méconnu
Au-delà de sa fragilité, le Tchad est aussi un acteur essentiel des grands cycles naturels de la planète. Le ministre a mis en avant la Dépression de Bodélé, dans le nord du pays, principale source mondiale de poussières minérales. Transportées par les vents sahariens, ces particules traversent l’Atlantique et viennent fertiliser les sols du bassin amazonien, un phénomène confirmé par plusieurs études internationales.
« Le souffle du Sahara nourrit les racines de l’Amazonie », a-t-il déclaré, illustrant la profonde interdépendance entre les continents et la nécessité d’une approche globale de la protection de la planète.
Appel au respect des engagements climatiques
Le Tchad a réaffirmé son soutien à la Position Commune Africaine réclamant un nouvel objectif financier d’au moins 1 300 milliards de dollars par an d’ici 2035, essentiellement composés de fonds publics et accessibles directement aux pays vulnérables. Le ministre a insisté sur l’urgence de bâtir « un système financier mondial plus juste, plus transparent et plus réactif ».
Il a également appelé les États à honorer les engagements de l’Accord de Paris, rappelant que « le dérèglement climatique est la crise morale, économique et sociale de notre temps ».
Sur le plan interne, le Tchad poursuit la mise à jour de sa Contribution Déterminée au niveau National (CDN 3.0) et de son Plan National d’Adaptation, intégrant l’énergie renouvelable, l’agriculture durable et la gestion optimale des ressources naturelles.
Le pays s’appuie notamment sur son programme de développement, “Tchad Connexion 2030”, qui vise à mobiliser 30 milliards de dollars pour financer 268 projets structurants, augmenter le PIB de 60 % et sortir 2,5 millions de personnes de la pauvreté. « Faire de la vulnérabilité climatique un moteur d’innovation », voilà l’ambition affichée.
Le ministre a également alerté sur le déclin du Lac Tchad, dont l’assèchement accentue tensions, migrations et conflits. « Le lien entre climat, paix et sécurité n’est pas une abstraction », a-t-il martelé, appelant à une réponse unifiée de la communauté internationale.
Hassan Bakhit Djamous a invité les Nations à faire de la COP30 un moment décisif, fondé sur la solidarité et l’action : « Notre génération possède les moyens technologiques, les ressources financières et la conscience morale pour inverser la tendance. »
Le Tchad entend ainsi porter la voix du Sahel pour un nouvel humanisme climatique, centré sur l’équité, la dignité et la vie.