66 ans d’indépendance : le Tchad a-t-il réellement conquis sa souveraineté ?
Le Tchad célèbre ce 11 août 2026 le 66ᵉ anniversaire de son accession à l’indépendance. Proclamée le 11 août 1960, cette date marque officiellement l’entrée du pays dans le cercle des États souverains. Mais six décennies plus tard, une question demeure : le Tchad a-t-il réellement conquis sa souveraineté ?
Sur le plan politique, l’indépendance a permis au pays de disposer de ses propres institutions et de décider de son orientation nationale. Pourtant, l’histoire tchadienne reste marquée par des crises politiques, des conflits armés, des interventions extérieures et une forte dépendance économique.
Ces dernières années, la question de la souveraineté a toutefois pris une nouvelle dimension. La décision de N’Djamena de mettre fin, en 2024, à l’accord de coopération militaire avec la France, suivie du départ des dernières forces françaises en janvier 2025, a été présentée par les autorités comme une affirmation de la souveraineté nationale.
Mais la souveraineté ne se résume pas à la présence ou au départ d’une armée étrangère. Elle se mesure aussi à la capacité d’un État à maîtriser ses ressources, renforcer ses institutions, assurer sa sécurité, développer son économie et garantir à ses citoyens leurs droits et libertés.
À 66 ans d’indépendance, la question est aussi de savoir quelle place le Tchad accorde à cette génération dans la gestion de la chose publique, l’économie, l’innovation et la construction nationale.
Une souveraineté durable ne peut être pleinement assurée sans une jeunesse bien formée, employée, responsabilisée et capable de participer aux décisions qui engagent l’avenir du pays. Le chômage, le sous-emploi, l’exode des jeunes et les difficultés d’accès à une éducation et à des opportunités économiques de qualité constituent ainsi des défis majeurs.
Donner aux jeunes les moyens d’entreprendre, de créer, d’innover et de participer à la vie publique, c’est aussi renforcer la souveraineté nationale. Car un pays qui dépend fortement de l’extérieur pour ses compétences, ses technologies, ses financements ou ses ressources humaines peine à exercer une souveraineté pleinement assumée.
À 66 ans, l’indépendance du Tchad apparaît donc moins comme un aboutissement que comme un processus encore inachevé. Le véritable défi consiste désormais à transformer la souveraineté juridique acquise en une souveraineté politique, économique et sociale pleinement assumée.
Le 11 août n’est ainsi pas seulement une journée de célébration. C’est aussi une occasion de regarder le chemin parcouru, de mesurer les insuffisances et de s’interroger sur le Tchad que les générations actuelles, et particulièrement sa jeunesse, souhaitent réellement construire.
Car la véritable souveraineté ne se transmet pas seulement d’une génération à l’autre : elle se construit, chaque jour, avec elle.
Sadou Koumaye/Dari Infos